Un tournant pour l’export en Suisse?
Daniel Küng, CEO de l’Osec, promoteur officiel des exportations suisses, voit l’avenir avec confiance. Malgré un climat conjoncturel incertain et des taux de change défavorables, l’industrie exportatrice suisse reste selon lui bien positionnée et bien armée pour faire face à la concurrence sur le marché international et résister à un possible durcissement de la crise. Dans un article paru samedi dans «Finanz und Wirtschaft», Daniel Küng décrit plus en détail la situation des exportateurs suisses, les défis qu’ils trouvent sur leur chemin, les questions qu’ils doivent se poser pour braver la crise et le rôle que l’Osec peut jouer à leurs côtés.
«L’année 2011 a été marquée par la surévaluation du franc.» C’est par ces mots que Daniel Küng commence sa description de l’activité de soutien et d’encadrement des petites et moyennes entreprises que mène le promoteur des relations commerciales entre la Suisse et l’étranger.
Les PME suisses ont été mises sous pression par la cherté du franc: en 2007, 1 euro valait 1,60 franc, début août 2011, sa valeur tombait à 1,03 franc, un seuil jamais atteint. La situation a amené la BNS à fixer un cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro. Ce fut presque le même scénario pour le dollar: en 2007, 1 dollar valait 1,20 franc avant de dégringoler début août 2011 à 0,7209 franc.
Dans l’interview accordée à «Finanz und Wirtschaft», Daniel Küng confie que «tant que le franc fort ne s’apprécie pas plus, les exportateurs souffrent surtout de répercussions sur leurs marges, à condition qu’ils puissent maintenir leur niveau de production. Pourtant, avec le refroidissement conjoncturel quia marqué le 4e trimestre 2011, il est à craindre que l’ensemble du dispositif de production soit menacé. Cela nous force à d’agir.» L’industrie de transformation des métaux, les sous-traitants et les fabricants de machines sont les premiers à pâtir de cette situation. Le thermomètre n’est pas à la hausse non plus en termes de moyens financiers disponibles pour développer des innovations technologiques; bon nombre de PME ont déjà largement puisé dans leurs réserves.
Trois accords de libre-échange
Comment l’Osec peut-il épauler les entreprises? Son directeur répond: «Nos activités sont orientées dans plusieurs directions. En premier lieu, nous avons présenté aux entreprises différentes méthodes pour faire face à la montée du franc, soit une sorte de conseil monétaire. Ensuite, nous les incitons clairement à se tourner vers d’autres marchés export, comme les pays émergents. Et si elle nous le demande, nous leur indiquons d’autres façons de faire à l’international, par exemple en ce qui concerne la gestion de leurs fournisseurs. Notre mission de conseil consiste à maintenir la place productive suisse tout en aidant les PME à améliorer leur capacité à exporter.»
D. Küng entend bien poursuivre sur cette lancée en 2012 et mettre l’accent sur les marchés hors de la zone euro. Le gouvernement suisse déploie de nombreux efforts, comme en ce moment, pour mener à bien les négociations visant à conclure un accord de libre-échange avec l’Inde, la Chine et l’Indonésie. «Ces trois pays représentent près du tiers de la population mondiale; l’économie suisse pourrait profiter de relations commerciales facilitées. La Suisse fait dans ce domaine un pas de plus que l’UE. Les PME suisses ont de ce fait une longueur d’avance, qui leur permet de se positionner en première ligne.»
La prévision de ces accords de libre-échange jouent sans nul doute en faveur de l’économie exportatrice, mais ce n’est pas tout: l’Indicateur export des PME du Credit Suisse et de l’Osec se stabilise au cours du premier trimestre 2012 à 49,5 points (contre 49,7 points au trimestre précédent). Le concept à la base de cet indicateur est très simple: les PME indiquent si elles tablent pour le trimestre à venir sur une hausse, une stagnation ou une baisse de leurs exportations, par rapport au trimestre précédent. Pour donner son caractère prospectif à l’indicateur, le facteur «exportations attendues» pour le trimestre à venir est pondéré à 60%, tandis que les «exportations réelles» pèsent 40%. Les perspectives export des PME donnent des valeurs entre 0 et 100; les valeurs comprises entre 0 et 50 indiquant un recul attendu des exportations, les valeurs entre 50 et 100 une prévision de croissance des exportations.
Indicateur des PME stable
Eclairage de D. Küng: «l’indicateur export des PME, que nous avons initié avec le Credit Suisse, a clairement indiqué que l’innovation est un des remèdes trouvés par les entreprises pour braver les difficultés actuelles.» Ceci leur permet de tirer leur épingle du jeu, en matière de prix notamment, pour autant que le marché sur lequel elles vendent soit prêt à payer le prix exigé pour la qualité. Ce qui concerne principalement de l’Allemagne, le Japon et la Scandinavie.
Les pays émergents en revanche s’adaptent aux variations de prix. «Les derniers résultats de l’indicateur export des PME montrent que nous nous trouvons à l’aube d’un important tournant, constate le directeur de l’Osec. Ce qui ne veut pas dire pour autant que notre économie exportatrice se soit débarrassée de ses soucis, mais qu’elle peut se remettre à espérer.» JR
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